Débats

 

Simon Tilford (Centre for European Reform) expose les origines de la crise et les solutions pour viabiliser l'union monétaire. Il insiste sur les questions de coordination des politiques économiques (le rôle central de l'Allemagne) et d'union budgétaire.

How to save the euro

 

L'économiste belge, Paul de Grauwe, considère que la crise de la zone euro est liée à des divergences macroéconomiques, lesquelles seraient dues à des divergences dans les "esprits animaux" nationaux (vagues d'optimisme/de pessimisme influençant les cycles du crédit, de l'investissement et de la consommation). Il préconise que l'Eurosystème surveille et gère la distribution du crédit dans les pays membres de la zone euro.

What kind of governance for the eurozone?

 

L'économiste Anne Sibert, membre du comité de politique monétaire de la banque centrale d'Islande, relate comment, en 2008, l'Eurosystème a fait des prêts à des banques islandaises aux collatéraux douteux. En mars 2009, le Parlement européen a interrogé Jean-Claude Trichet, sur les risques pris par l'Eurosystème : le président de la BCE, ne semblait pas bien informé. La transparence de la banque centrale est faible.

Love letters from Iceland: Accountability of the Eurosystem

 

Selon un point de vue anglais généralement eurosceptique, la monnaie unique est vouée à l'échec depuis le début ("the euro is doomed!")

Dans un article de Niall Ferguson, publié dans Newsweek en mai 2010, The end of the euro, la crise grecque pourrait bien être la tragédie de la zone euro. Sans un système fiscal fédéral, le projet européen est un "méli-mélo de pacotille" qui est voué à disparaître tôt ou tard.

 

Une étude de Oxford Economics, Is Greece heading for default? parue en janvier 2010, compare trois scénarios de sortie de crise, en estimant les coûts en termes de croissance du PIB et d'emploi et d'effets de contagion financière, ainsi que les gains en termes d'amélioration des soldes budgétaires et extérieurs. Ces trois scénarios sont l'ajustement fiscal et salarial, le défaut de paiement avec une dévaluation, le renflouement. Le premier scénario est économiquement recommandable mais politiquement difficile, le second est le plus coûteux, le dernier semble le plus probable. 

 

Paul Krugman donne un point de vue sur les difficultés de la zone euro dans un éditorial du New York Times, intitulé The making of a Euromess, publié le 15 février 2010. Il considère que le plus grave n'est pas la situation des finances publiques grecques, mais les difficultés de pays - tels que l'Espagne - qui ont perdu en compétitivité, ne peuvent pas dévaluer leur monnaie nationale et n'étaient pas prêts à adopter une monnaie unique. Selon lui, les perspectives d'avenir dans la zone euro sont mauvaises. Une union politique n'est pas pour demain. Entre-temps, il y aura des épisodes de renflouements bilatéraux suivis de plans d'austérité, avec la déflation et un niveau de chômage élevé.

 

Charles Grant, directeur du Centre for European Reform, explique, dans un essai, les raisons pour lesquelles les Britanniques sont les plus eurosceptiques des Européens : Why is Britain eurosceptic? (CER, December 2008). Il y a des raisons géographiques (la préférence pour "le grand large"), historiques (l'héroïsme pendant la Seconde Guerre Mondiale), économiques (de meilleures performances depuis le début des années 1990), culturelles (la presse eurosceptique ne craint pas de mentir effrontément sur l'UE) et sociétales (une ignorance des affaires européennes est préférable pour une carrière politique). En dépit de cet euroscepticisme britannique, l'auteur est confiant dans l'avenir des Britanniques au sein de l'UE, à condition que les institutions de l'UE cessent de soumettre des textes et traités à signer et, au contraire, s'attellent à la réalisation d'actions concrètes concernant, en particulier, les relations entre l'UE et le reste du monde.

 

Cette question est la traduction du titre d'une étude réalisée par Quamrul H. Ashraf, Ashley Lester et David N. Weil ("When does improving health raise GDP?", document de travail du NBER, octobre 2008). La réponse dépend essentiellement des évolutions de la mortalité et de la fécondité. Plus la mortalité diminue et plus la fécondité diminue avec lenteur(1), et moins l'impact positif d'une amélioration de la santé sur le revenu par habitant est élevé. En effet, bien qu'une amélioration de la santé ait des effets positifs sur l'éducation et le capital humain, l'augmentation de la population réduit les ressources disponibles (terre et capital) par travailleur. La productivité du travail augmente pendant les premières années, puis diminue pendant les années suivantes, et augmente à nouveau dans le long terme (lorsque la croissance de la population ralentit). Ainsi, les auteurs trouvent qu'une augmentation de l'espérance de vie à la naissance de 40 à 60 ans (soit une très forte amélioration de la santé) ne se traduit que par une faible augmentation du revenu par habitant dans le long terme (16%). Dans le meilleur des cas (avec une baisse de la fécondité apparaissant 25 ans plus tôt que dans le scénario de base, une plus grande substituabilité des autres facteurs de production à la terre, et une économie ouverte aux  flux de capitaux internationaux), l'augmentation du revenu par habitant dans le long terme est de 25 % par rapport au niveau initial. Selon les auteurs, c'est un chiffre qui demeure plus faible que celui qui est généralement annoncé. Toutefois, leur modèle ne tient pas compte de l'effet positif d'une amélioration de la santé sur l'épargne et des interdépendances économiques internationales. Finalement, les auteurs suggèrent des politiques complémentaires aux efforts d'amélioration de la santé, par exemple des programmes de planning familial, une augmentation du nombre d'enseignants, des politiques favorables à l'investissement étranger.

(1) Dans le modèle des auteurs, si la mortalité diminue, alors la fécondité doit diminuer (le taux de fécondité s'ajuste au bout de 50 ans en passant de 5.16 à 3.72) pour retourner au niveau du taux de croissance de la population initial.

 

"Globalement, je pense que Ben Bernanke, le patron de la banque fédérale américaine, fait un meilleur travail que Jean-Claude Trichet. Néanmoins, celui-ci a plus de contraintes que Bernanke. Aux Etats-Unis, nous n'avons pas la même pression sur les salaires, donc pas de risques d'inflation de second tour aussi grands qu'en Europe. Mais il est vrai également que Ben Bernanke a réagi avec plus de force et de rapidité à la crise financière. Il a baissé les taux d'intérêt agressivement, et, bien que l'origine de cette crise soit l'effondrement de l'immobilier aux Etats-Unis, je crois que la récession risque d'être plus forte chez vous qu'en Amérique. La Banque centrale européenne n'a peut-être pas été assez attentive aux risques de récession."

Extrait d'un entretien avec Paul Krugman sur le site L'Expansion.com, le 22/10/2008

 

 

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